Deus é Angolano

Deus é angolano

« DIEU EST DE NATIONALITE ANGOLAISE … » Constat irréfutable: en Angola, le sens d’intégrité et d’intérêt général gît à même le sol. Il est grièvement blessé par ceux-là même qui sont sensés le maintenir en vie. Ces jours-ci, on s’agite beaucoup dans le petit monde de « l’aristocratie angolaise ». Et pour cause: la perspective d’élections qui, si elles se déroulent de manière juste et transparente, pourraient priver ses membres de quantité de privilèges. Animés par cette drogue, qui est le pouvoir politique et économique, certains éléments de ce groupement social, n’excluent pas en effet la possibilité de faire use d’un schéma s’inspirant de celui de 1992. Leur devise: s’accrocher à tout prix au pouvoir. Il fait un soleil d’aplomb. Dans le Bairro Cuca, la circulation est au point mort pendant presque une heure. Je suis dans un taxi qui doit me conduire à Baixa, au Centre-ville. On nous dit que l’embouteillage est causé par des grands camions qui sortent de la brasserie Cuca. La température monte aussi dans les têtes. Grand nombre d’usagers de routes circulent comme s’il n’y avait pas de règles. On ne sait pas qui roule à gauche et qui le fait à droite. Pour éviter les trous, certains chauffeurs de bus et taximen n’hésitent pas à faire des manoeuvres dangereuses. Ils s’insultent et klaxonnent comme des fous. Au même moment, le bruit de leur klaxon se mêle à la musique normale qui émane des bus. Confusion babylonienne. Ce brouhaha crée un environnement qui anesthésie tout effort de réflexion. Insupportable ! Et pourtant, il y a des milliers de gens qui se meuvent dans cet espace pendant plusieurs heures. Ils ne connaissent pas une autre atmosphère, et trouvent ça donc normal. Des chauffeurs insouciants cherchent à se créer des espaces pour sortir de cette partie de la ville. Malgré la pelletée d’injures qu’ils se lancent réciproquement, j’ai l’impression qu’ils se comprennent, vu qu’ils sont tous engagés dans un même combat pour la survie. « Il y’a une certaine solidarité entre nous… Si tu abîmes la voiture de l’autre aujourd’hui, demain ce sera peut-être le tour du véhicule que tu conduis qui va subir le même sort, ce qui te mettra alors au chômage. Evite donc de faire du mal à l’autre, en le mettant au chômage », m’explique un cousin chauffeur la sagesse qui anime le comportement de bon nombre de ses collègues. Devant un bus bleu, de marque Hiace, je vois une jeune maman fredonner les airs d’une chanson angolaise, crachée par un appareil de musique placé dans un bus. Elle exhibe aussi quelques pas de danse. Cette scène attire mon attention. Elle a une belle figure, mais ses habits témoignent d’une vie qui est sous l’emprise de la pauvreté. Vêtue d’une jupe verte et un T-shirt beige, elle porte un plateau contenant quelques « bolinhos » (petits gâteaux). En la regardant, je ne peux m’empêcher de me poser un certain nombre de questions. Pourquoi est-elle allègre, alors que son aspect extérieur communique un message diamétralement opposé ? Est-ce que la chanson qu’elle fredonne lui rappelle de beaux moments du passé ou suscite-t-elle des sentiments qui l’aident à dépasser son dur quotidien ? C’est tout a fait envisageable. Est-elle peut-être une personne mentalement dérangée ? C’est fort probable. Est-ce possible qu’elle soit une somnambule, c'est-à-dire, une personne qui effectue par automatisme un certain nombre d’actes alors qu’elle est dans un état de sommeil ? Une telle possibilité ne peut être écartée. De fait, les somnambules sont aussi en grand nombre dans le microcosme politique angolais. On les trouve aussi bien dans le parti au pouvoir que dans les rangs de l’opposition, et ils investissent, à mon avis, le champ politique juste par automatisme, sans connaissance consciente des enjeux. Une dernière question. Celle-là, je la pose à Chico, le chauffeur. Est-ce que cette jeune femme fait vraiment de bonnes recettes avec ses « bolinhos » peu attrayants et faits sans doute dans le mépris des normes d’hygiènes élémentaires ? « C’est seulement pour tenter de survivre. Mon frère, les gens souffrent ici. C’est la politique de nos dirigeants qui n’est pas bonne… Dieu est de nationalité angolaise, s’il ne l’était pas, nous ne serions plus en vie » (E só para tentar sobreviver. Meu irmão, a gente aqui sofre. É a política dos nossos dirigentes que não dá... Deus é angolano. Se Ele não fosse um Angolano, ja não estaríamos mais em vida), me dit Chico, avant de demander à un jeune vendeur ambulant de lui apporter une bouteille de Fanta bien froide, à 50 kwanzas (monnaie locale). Les élections, une mise en scène ? Le sens d’intégrité et d’intérêt général gît à même le sol. Il est grièvement blessé par ceux-là même qui sont sensés le maintenir en vie. Des membres de la famille du président José Eduardo dos Santos ainsi que ses amis se sont appropriés plusieurs perles de l’économie angolaise, dans les secteurs de transports, télécommunications, hydrocarbures, finances etc. Il est un secret de polichinelle qu’Isabel Dos Santos, la première fille du président, a accaparé une part substantielle de Telecom Angola. A coup de plusieurs millions de dollars, payés avec l’argent de l’Etat, des avions de luxe sont loués et mis au service de certains dirigeants et leurs membres de familles (et parfois d’une seule personne – quelle insulte !) pour qu’ils voyagent, à l’étranger. Selon des sources dignes de foi, les recettes de la clinique « Multi persil » (répertoriée comme bien de l’état angolais) iraient tout droit dans les poches ou comptes de la « première dame » du pays. Les banques notamment portugaises, qui poussent un peu partout en Angola comme des champignons, servent surtout à recycler l’argent provenant des activités liées au pillage des ressources nationales, et à transférer les capitaux hors du pays. Ces jours-ci, on s’agite beaucoup dans le petit monde de « l’aristocratie angolaise ». Et pour cause: la perspective d’élections qui, si elles se déroulent de manière juste et transparente, pourraient priver ses membres de quantité de privilèges. Comme ailleurs, dans d’autres pays africains, l’élan de démocratisation a ses défenseurs ainsi que ses adversaires. Les uns oeuvrent pour la dynamisation de ce mouvement, les autres s’efforcent de torpiller le processus enclenché. Animés par cette drogue, qui est le pouvoir politique et économique, certains éléments de « l’aristocratie angolaise », n’excluent pas en effet la possibilité de faire use d’un schéma s’inspirant de celui de 1992. Celui-ci est fondé principalement sur l’utilisation de la force à l’encontre des adversaires politiques de taille. Éprouvant des difficultés à accepter la logique de la concurrence, de la compétition et des luttes électorales, ces nostalgiques de l’époque du monolithisme idéologique ne veulent pas qu’il y ait réfection du territoire politique. Ils craignent que cette dernière ne débouche sur un renouvellement du personnel au sommet de l’Etat, qui leur sera défavorable. A leur entendement, les élections (plusieurs repoussées d’ailleurs pour des raisons pas toujours convaincantes) ne devraient être qu’une mise en scène destinée à légitimer l’ordre établi, donc à consacrer le maintien de leurs privilèges et positions hégémoniques. Par Rogério Goma

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (1)

1. research paper writing service (site web) 21/07/2016

It is a pitty. It is highly sad news. I compassionate you.

Ajouter un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site